Feria de La Réunion : une basquarade

Un parfum occitan a soufflé sur le sud de l’île de La Réunion ce dernier week-end de juillet 2013. Il aura au moins soufflé dans ma face.

C’est un samedi qui commence fort sur le plan gastronomique : une fondue bourguignonne de la mer (avec du thon et des crevettes), une aïoli « créolisée » comme dit le chef (avec des patates douces et des chouchous) et la fameuse andouillette d’Eyragues – celui qui a mangé une andouillette lyonnaise et qui n’a pas mangé une andouillette eyraguaise peut dire je n’ai rien mangé. Du Saint-Félicien pour tasser, une tranche d’ananas pour rafraîchir et un rhum arrangé à la cannelle pour dissoudre le tout.

Nous voilà prêts pour aller à la « Fête de Bayonne de la rue Babet » – en fait c’est la feria de La Réunion qui se déroule dans la rue Auguste Babet de Saint-Pierre. Connaissant seulement les ferias de Nîmes et d’Arles, ma frustration de n’avoir jamais connu la folle ambiance de Bayonne est en train de s’envoler. D’ailleurs la vraie feria de Bayonne a lieu au même moment. En fait, elle bat son plein depuis trois jours et ça va durer encore plus de 24 heures.

Affiche de la feria 2013 de Saint-Pierre de La Réunion
Affiche de la feria 2013 de Saint-Pierre de La Réunion (source : Facebook de La Bodega)

« J’espère que la feria de Bayonne ne ressemble pas à ça »
Ce n’est qu’une petite partie de la rue Babet qui est en fête. Ce n’est pas l’effervescence qu’on attendait. Très vite, une personne du groupe dit: « Je ne connais pas la feria de Bayonne, mais j’espère qu’elle ne ressemble pas à ça ». Moi aussi. Quelques connaisseurs se moquent un peu jugeant qu’il y a trop de temps morts, que « dans les vraies ferias, le banda joue sans arrêt ». Il y aussi certains festayres nostalgiques et heureux à la fois : quelle chance de pouvoir assister à une feria « à 10 000 km de la métropole ». Ils chantent De Pampelune jusqu’à Bayonne à tue-tête en levant leurs verres de bière.

Du coup on se dit que « ça a le mérite d’exister ». Soyons indulgents. Ce n’est quand même que la deuxième édition. Et puis les organisateurs ont mis les moyens avec les artistes de feu, le concours de Paquito et les tours gratuits de taureau mécanique. Olé ! Même le site Internet du journal Sud-Ouest en a parlé.

Taureau mécanique à la feria de Saint-Pierre, le 27 juillet 2013
Taureau mécanique à la feria de Saint-Pierre, le 27 juillet 2013 (Crédit : S. Huët)

Où sont les Basques ?
Il y a beaucoup de drapeaux basques. Les petits foulards rouges et les bérets noirs aussi. Et parfois les trois en même temps. Il y a cette dame qui chante, debout sur un bar, le béret noir sur la tête, le foulard rouge autour du cou et elle agite le drapeau basque à une cadence en parfait désaccord avec le rythme de la musique. Forcément, pour faire la conversation au serveur ou à celui qui renverse de la sangria sur mes pieds, je demande: « Et vous êtes Basque ? » À part un « Par ma mère, mais je n’y ai jamais vécu », je n’ai eu que des « pas du tout » bien appuyés à chaque fois. C’est la déception. Je voulais tellement entendre « Osasuna Ta Askatasuna » avec le bon accent sous les tropiques.

Pendant la feria 2013, les festayres devant le restaurant La Bodega à Saint-Pierre, La Réunion (Crédit : S. Huët)
Les festayres devant le restaurant La Bodega, organisateur de l’événement à Saint-Pierre, La Réunion (Crédit : S. Huët)

Alors c’est vrai, le banda n’est pas toujours au top, mais il sait nous réveiller quand on commence à s’ennuyer. C’est vrai, je ne rencontre pas de Basques, mais c’est ça qui est bon – les Européens font bien des soirées « plage » sans m’inviter. Et puis, un événement avec des ancrages (géographique et identitaire) européens si forts qui réussit à avoir un écho dans l’océan Indien, c’est un peu ça La Réunion du métissage, de la tolérance et bla bla bla…

9 réflexions au sujet de « Feria de La Réunion : une basquarade »

  1. En tant que basque et bayonnais, j’accueille ce billet avec grand plaisir et me réjouis de lire cette initiative sous ta plume. Je me permets cependant d’apporter un bémol quant à la référence faite à ETA qui me gène énormément, il s’agit d’un groupe terroriste qui a causé beaucoup de morts…
    Merci quand même pour ce récit.
    Milesker 😉

    1. Merci pour ton commentaire Yannick. Navré que la référence te gène. J’ai connu l’expression en trinquant avec des Basques en métropole. C’est bête, mais jusqu’à que tu interviennes, j’ai toujours pensé que ça voulait dire « santé » en basque. Mais est-ce que ça se fait de trinquer en le disant ? Ça craint, ils sont peut-être de l’ETA !?
      Deusetaz 🙂

  2. J’adore !!
    Il est vrai que l’ivresse n’a pas de frontière et qu’elle a inspiré bien du monde à cette soirée là. Comme en métropole je m’étonne toujours pourquoi les chansons sont aussi nulles jusqu’à ce que, comme tout le monde, l’alcool finisse par nous faire chanter à l’unisson !
    Ouai, je crois que si on était loin de Bayonne, le coeur/foie y était !

  3. Stéphane,
    En euskara (langue basque), santé se traduit « osasuna » et se dit en effet au moment de trinquer. Avec la santé, certains souhaitent également la liberté, cela donne: « osasuna ta askatasuna » (littéralement: « santé et liberté »).
    « Euskadi ta askatasuna » signifie « Pays Basque et liberté », c’est aussi le nom de l’organisation terroriste plus connu sous l’acronyme ETA.
    Les types qui disaient ça ne maîtrisaient peut-être pas totalement l’euskara, ou ne mesuraient pas vraiment la portée de leurs paroles…

  4. De même, n’ayant connu que les ferias de Nîmes et d’Arles, j’ai très envie d’aller faire un tour dans le sud-ouest pour fêter tout ça… j’irai un jour, j’y rencontrerai en cher et os Yanik, et dans un même élan, on viendra te rejoindre pour fêter la féria de la Réunion!
    PS: Aucune remarque sur l’ETA car je n’ai pas eu le temps de lire ce que tu en disais. Par contre, peux-tu supprimer aussi le 1er paragraphe qui parle de la gastronomie, tu n’as pas le droit… je suis une française folle de bonne nourriture qui vit pourtant en Allemagne! Une andouillette eyraguaise… j’ai l’eau à la bouche !

  5. Adio Aurore !
    Tu seras la bienvenue dans nos festivités qui différent de celles d’Arles et de Nîmes. Ces deux dernières sont des férias ; tournées atour de la corrida et du flamenco. Ce n’est pas le cas à Bayonne, la culture basque est primordiale pendant les cinq jours. D’ailleurs, on ne parle pas de « férias » mais bien des « fêtes de Bayonne » ou « Baionako bestak » en langue basque.
    En attendant de se voir en rouge en blanc,
    Ikus arte eta egun on pasa ! (bonne journée et au revoir)

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