Katmandou : Pâques métissée

Au Népal, 81% de la population est hindoue, 9% est bouddhiste. D’après le site Internet de Radio Vatican, il y aurait 8000 catholiques sur les 30 millions de Népalais. Suffisant pour se faire entendre le jour de Pâques.

Il y a eu les partisans maoïstes et les lutteurs contre le diabète en novembre dernier. Ce dimanche 20 avril, plusieurs piétons brandissent des banderoles sur Jhamsikhel, Lalitpur. Comme je ne comprends toujours pas l’alphabet rañjanā (en admettant que je sache le lire un jour), j’imagine que ces gens manifestent à cause de la pénurie de carburant [anglais] qui touche la vallée de Katmandou depuis quelques jours.
Tout devient plus clair lorsque les crucifix et le mot « Jésus » apparaissent sur une pancarte. Mais oui, c’est le dimanche de Pâques. Quelques-uns portent un t-shirt violet floqué de « I Like Love Jesus » avec le pouce levé de Facebook. Original et vendeur auprès des jeunes, me dis-je.

Dhobighat, Lalitpur, le 20 avril 2014 - Un groupe de catholiques célébrant Pâques dans la rue © S.H
Dhobighat, Lalitpur, le 20 avril 2014 – Un groupe de catholiques célébrant Pâques dans la rue © S.H

Ces chrétiens qui défilent dans les rues de Lalitpur chantent en s’accompagnant de tambourins et de madal. C’est une scène très différente de toutes les processions catholiques que j’ai pu voir auparavant.

Le dépaysement est loin d’être terminé. Puisqu’en voyant tout ça, je me dis que ce serait bien d’aller faire un tour à l’église.

L’Assumption Church est un carrefour des cultures impressionnant. Comme dans une mosquée, il faut enlever ses chaussures à l’entrée. À l’intérieur, des coussins sont alignés pour que les fidèles s’y asseyent – ce qui me rappellent des souvenirs de longues sessions de méditation. Le décor très hybride est d’autant plus fascinant.
Les motifs qui entourent les fenêtres donnent une allure d’empire coloniale britannique. Les grosses poutres en fer évoquent les constructions Eiffel. Une peinture derrière l’autel – qui semble représenter Jésus qui monte au ciel – a des similitudes avec les thangkas tibétains.

Dimanche 20 avril 2014, à l'intérieur de l'Assumption Church de Lalitpur © S.H
Dimanche 20 avril 2014, à l’intérieur de l’Assumption Church de Lalitpur © S.H

Avant le début de la cérémonie, j’aperçois dans l’église des amis et des connaissances : Camerounais, Béninois, Suisse, Italien, Australien, Néerlandais, Français et, bien sûr, Népalais.
Il y a des filles en sari et à côté de moi, une dame porte une robe qui fait penser au pagne kita. Même si le public des églises mauriciennes et réunionnaises est diversifié, je n’y ai jamais vu une telle mosaïque – ne parlons même pas des paroisses françaises.

À l’île Maurice, il y a des cantiques en créole sur des rythmes très locaux comme le séga et le seggae. Mon ami, le Père Laurent Rivet, a déjà mis un sitar et un tabla sur une des ses chansons, Mo pe soufer. Alors, ce n’est pas très nouveau d’entendre un harmonium, un madal et un ghunghuru dans les cantiques de l’Assumption Church ce dimanche 20 avril. Mais quand la chorale chante en népali sur des rythmes très typiques, ça prend une autre dimension. Il n’y a vraiment qu’en Europe qu’on a droit à des cantiques soporifiques ?

J’ai du mal à répondre quand le prêtre dit la version anglaise de « que la paix soit avec vous ». Dans ma tête je dis « to you too ». Alors le Credo ou le Notre-Père, je n’essaye même pas. Je murmure seulement « amen » quand je sais que c’est le moment de le dire.

De toute façon, je ne suis pas sûr que j’aurais été plus réactif en français.

La dernière fois que j’avais assisté à une messe, c’était le 31 mars 2013 à Antananarivo, Madagascar – un des cantiques était sur un air de mambo. C’était pour Pâques aussi. J’étais allé me recueillir pour des compatriotes emportés par le triste « samedi noir ».

2 réflexions au sujet de « Katmandou : Pâques métissée »

  1. Content de découvrir ce melting pot culturel à travers ton article. Je suis bluffé en voyant la position des fidèles dans cette église de Lalitpur:une mosquée ou un temple bouddhiste?

  2. Très chouette récit, Stéphane. Aux Antilles aussi on sait mettre l’ambiance à l’église, et en comparaison les rites tristes à mourir des églises européennes me dépriment. Mais ça reste finalement beaucoup moins divers et métissé que ce que tu décris ici. C’est amusant ces accommodements culturels comme le fait de se déchausser comme à la mosquée. Étonnamment, ce n’est pas du tout le cas dans les églises du Proche-Orient.

    Bon voyage et à très bientôt 🙂

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