Le séisme en musique

Le 20 décembre 2012, je publiais une compilation des 8 chansons les plus sexy avant la fin du monde. Souvenez-vous : on nous avait prédit l’apocalypse à cause d’un trou dans le calendrier maya. Deux ans et demi plus tard, la Terre est toujours là et je reviens avec une bande-originale d’un séisme au Népal. Cette année, ça swingue pour la fête de la musique.

Elvis Presley – All Shook Up

Vibrations, bruits étranges, tremblements. Le 25 avril 2015, nous avons été des millions à être secoués – aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Entre le moment du séisme de magnitude 7.6 qui frappe à 11h56 et 23h59 ce même jour, il y a eu 37 répliques au-dessus de 4.0. Il arrivait qu’on ne sache plus si c’était vraiment la terre qui bougeait ou si c’était dans notre tête. L’instinct de survie nous fait faire des choses étranges. On fléchissaient légèrement les jambes et mettaient les bras sur les côtés (comme un surfeur) pour tenir l’équilibre. Si la terre tremblait réellement quand on était dans cette position, notre corps ondulait d’une telle façon qu’on croyait avoir le parfait déhanché d’Elvis Presley (qui le doit à Forrest Gump, évidemment). Le King a les genoux faibles et a sent qu’il ne peut tenir sur ses deux pieds parce qu’il est amoureux. Nous, c’était parce que la terre était en colère.

Beatles – With a little help from my friends

À peine 24h après le tremblement de terre du 25 avril, les amis du Népal sont arrivés avant même que le gouvernement n’ait eu le temps de chanter Help!. Ils ont été nombreux à débarquer sans vraiment se coordonner avec les autorités sur place. Tellement qu’à un moment, certaines forces militaires n’ont même pas eu le temps d’intervenir et ont été accueillies par un Hello Goodbye. Dans un élan d’orgueil, le gouvernement népalais a voulu tout contrôler pour faire croire qu’il gérait la situation. Pour ça, rien de plus simple que de jouer le Taxman avec les associations locales qui importent du matériel de secours.

Pearl Jam – Tremor Christ

Le 12 mai, la terre se remet à trembler violemment et c’est long. C’est à nouveau la panique. Autour de moi, certains ont imploré les divinités. Alors, évidemment je pense à Tremor Christ. Même s’il me semble que cette chanson de Pearl Jam parle de la drogue, quelques vers isolés collent parfaitement à mes idées de ce 12 mai. Le destin, la chance, la foi, la perte de contrôle face aux lois de la nature, la survie. La musique transmet la tension. Et au milieu de ça, le groove de la basse de Jeff Ament a quelque chose de paradoxalement rassurant. Tremor Christ est paru sur le troisième album de Pearl Jam, Vitalogy, en 1994. C’était à un moment où le groupe de Seattle était au sommet de la vague. Et encore, si vous entendiez mon ami Ti Zérar chanter Tremor Christ, il vous donnerait plus de frissons qu’Eddie Vedder.

George Brassens – Les copains d’abord

Comme déjà évoquée plus tôt sur ce blog, la grosse réplique du 12 mai m’a donné l’impression d’être en haute mer. Puisqu’il fallait s’accrocher à un bateau sûr, autant embarquer sur « le seul qui ait tenu le coup » jusque-là. On a retrouvé les copains et on s’est protégé de la pluie sous une grand-voile. Même si on avait pu se sentir impuissant, ça nous faisait du bien d’être tous ensemble dans la même « maudite galère ».

Rage Against The Machine – Calm like a bomb

Ça a été impressionnant de voir des meubles qui bougent seuls et des constructions qui s’écroulent. Mais le plus troublant a été d’entendre la terre qui grogne. Depuis le séisme du 25 avril, ces 300 et quelques répliques ont toujours ce bruit indescriptible. En Haïti ils avaient appelé ça « goudougoudou ». Au Népal on trouvait que ça ressemblait à une explosion. Pas comme dans un film de Michael Mann. Quelque chose de plus sourd, plus enfoui. Comme une bombe douce et calme.

Radiohead – Paranoid Android

Les répliques qui se sont enchaînées sur les trois semaines après les 25 avril, nous ont exténués. Moins on avait des explications à ce qui était en train de se passer, plus on faisait des suppositions les plus improbables. La peur nous conduit à trouver des explications, quitte à créer des rumeurs. Les rumeurs provoquent la peur. Il n’y a pas mieux que Paranoid Android pour illustrer cet engrenage infernal. Au début de la chanson, Thom Yorke demande à on-sait-qui d’arrêter de faire du bruit, car il essaie de se reposer. C’était un peu ça ici : on essayait de se reposer, mais il y avait toujours ce bruit pour maintenir l’angoisse. J’avoue que je n’ai jamais compris le sens de Paranoid Android, mais là encore, quelques vers du dernier couplet illustrent bien l’expérience du séisme : les craquements, la poussière, la panique, les enfants de Dieu. Chaque séquence de ce titre (des journalistes anglais avaient vu en Paranoid Android « le Bohemian Rhapsody des temps modernes ») pourrait aussi bien représenter chaque étape de mon expérience du séisme jusqu’à aujourd’hui. La partie chorale pourrait représenter le moment de répit avant le 12 mai. Et quand Jonny Greenwood s’excite dans un solo fort en distorsion, serait le moment où l’on replongeait dans le chaos. Et puis Paranoid Android avait sa place dans cette compilation car, comme disait Stéphane Ibars à mon ami Jean-Baptiste Bourély, alors animateur de l’émission Mix de Chambre sur Radio Campus Avignon, « il faut toujours Radiohead dans une soirée ».

Marina Foïs – Alcool

Quand on a peur, quand on est exténué, quand on se sent impuissant, il est parfois agréable de se laisser aller à des plaisirs simples et faciles. À un moment avec ces secousses quasi-permanentes, on a l’impression d’être tout le temps ivre. Comme c’était ennuyeux d’avoir seulement l’impression, j’ai préféré être sûr de l’état dans lequel j’étais. Comme dit Natacha dans Filles perdues, cheveux gras : « Le monde me donne la gueule de bois et l’alcool arrange ça ».
P.S : attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Blondie – Heat of Glass

Après les secousses, il a fallu faire un peu de ménage. Je ne sais pas vous, mais j’aime bien écouter de la musique quand je range. Et dans ces moments-là, c’est la voix de Debbie Harry qui me motive le plus. « Ooouu ooouu haa haa ».

Coldplay – Everything’s not lost

Aujourd’hui, presque deux mois, après le 25 avril, on voit que les autorités ont encore du mal à gérer la crise. Mais il y a quand même des signes positifs. Quand je vois des jeunes motivés se bouger pour protéger leurs patrimoines en péril, quand je vois qu’il y a plusieurs petites initiatives pour essayer d’égayer la vie des sinistrés, je me dis que tout n’est pas perdu. C’est un peu comme Coldplay même. À entendre les purées sucrées qu’ils font depuis Viva la Vida or Death and All His Friends, je me prends pour la marionnette de Francis Cabrel aux Gignols : Coldplay « c’était mieux avant ». Puis je fais mon vieux réactionnaire et retourne à la base, Parachutes, pour retrouver un peu d’espoir pour ce groupe dont la vague a cassé encore plus rapidement que celle de Pearl Jam.

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