Tritonik joue de sa Berlinfluence

Après Project One en 2012, Tritonik revient avec Berlinfluence. Ce deuxième album a été dévoilé lors d’un concert à l’Institut français de Maurice le vendredi 8 juillet.

Les Mauriciens adeptes des réservations de dernière minute se sont rendus compte qu’on ne plaisante pas avec Tritonik. Il fallait être prévoyant pour avoir une place au concert de lancement de Berlinfluence ce vendredi 8 juillet à l’Institut français de Maurice (IFM). Normal : on entend dire que le bluesman mauricien Eric Triton et sa bande se seraient imprégnés de leur séjour berlinois pour créer ce deuxième opus.

Ce soir, je m’attends donc à un mélange de blues et de séga, épicé à l’électro. Comme un bretzel au cari de crevette. Ça me met forcément l’eau à la bouche.

Le concert commence avec une reprise de Kot linn ale qui figurait sur l’album Nation d’Eric Triton en 2004. Ça a plutôt un air de sagaï. Donc, rien qui pourrait évoquer l’underground berlinois. Ce nouveau rythme est si captivant que j’en oublie la naïveté des paroles.

Tritonik en concert à l'IFM le vendredi 8 juillet 2016 © S.H
Tritonik en concert dans un IFM plein à craquer le vendredi 8 juillet 2016 © S.H
Morisien, le deuxième titre interprété est superbement bien arrangé. Entre deux couplets, Triton joue le début des notes de l’hymne national mauricien. C’est aussi inattendu que puissant. Comme toujours, les paroles sont sommaires, mais touchantes.

À part une fois au bar Laribluz de Curepipe, j’ai toujours vu Triton en solo. Ce soir, il mène parfaitement sa bande de musiciens. Derrière lui, le « trompettiste tchèque » Vit Polak dompte un trombone à pistons. Je me dis qu’il faut vraiment être un bohémien pour bricoler un instrument pareil. Mais Google m’apprendra plus tard que ce n’est pas une excentricité. Quand il ne joue pas de son engin, Polak mime avec approximation les paroles des chansons. J’adorerais entendre un Tchèque faire du yaourt en créole. À côté de lui, Samuel Laval suit scolairement ses partitions – j’aurais souhaité plus de groove dans son jeu, mais la précision l’emporte. L’indétrônable Philippe Thomas assure discrètement. La section de cuivres est impeccable.

L’excellent percussionniste Norbert Planel que j’avais découvert au sein du groupe Sept est minutieusement sonorisé. On entend les moindres détails de tous les petits instruments qu’il agite. Ses amis Kurwin Castel assis sur son doumdoum, Samuel Dubois à la ravane et Jeff Armand au djembé donnent un souffle envoûtant aux tempos. Harmoniques et rythmiques résonnent à merveille.

Suivent Non ladrog et L’art vaincra que j’avais déjà entendues en concert il y a plus de 10 ans. Ce soir, ils sont plus chiadés. Ena tou lede, une mise en musique de la phrase « y’a des cons partout », est le titre qui sonne le plus Triton du temps de Nation.

Quand Tritonik interprète Lafami, on est vraiment loin des influences berlinoises. Ça sonne Yuri Buenaventura et je décroche. Mon compagnon de concert sort enfin la tête de son assiette de frites et me dit « c’est bon ça ». Je lui jette un regard interrogateur avant de me rappeler que c’est un danseur de salsa.

Au moment où le groupe décide de nous dire au revoir, le public de l’IFM demande Blues dan mwa. Eric Triton décline l’invitation car il la chante habituellement seul. Il annonce « anou pass enn lot mesaz plito » avant de jouer Aret asize bwar (qui ne figure sur aucun album) avec tout son groupe.

À l'intérieur de Berlinfluence © S.H
À l’intérieur de Berlinfluence © S.H
C’est ça Berlinfluence : des paroles sans grande poésie, mais qui vont droit au but pour faire réfléchir. On reconnaît la patte de Triton, mais oubliez aussi les accents asiatiques de Project One. Ne cherchez pas non plus des références à la capitale allemande. C’est plus un état d’esprit qu’une réelle influence musicale. On retrouve cette touche dans la pochette de l’album, très bien conçue avec des textes qui racontent le projet et de belles photos des sessions d’enregistrement. Achetez-le.

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