La musique en 2016 : deuil et renaissance

En 2016, beaucoup ont découvert qu’il y avait une fin à la vie. Nous avons eu du mal à accepter la mort de nos musiciens préférés. La bonne nouvelle c’est que la musique a survécu en 2016. 

Le 10 janvier 2016, j’étais triste. Mes collègues d’alors s’étaient presque inquiétées de mon état. Ça n’allait vraiment pas. Je venais d’apprendre la mort de David Bowie. Je m’étais senti vraiment con d’avoir cette attitude, mais c’était plus fort que moi. Pourtant, je ne suis pas un fin connaisseur de David Bowie – je me demande dans quel état je serai à la mort de Thom Yorke. Mais Bowie, c’est une attitude, ce regard vairon, une voix extraordinaire, une élégance intersidérale, cette période androgyne qui me fascine, des rôles captivants au cinéma (même dans Zoolander). Pour tout ça, j’admirais l’artiste au point d’être sincèrement effondré en apprenant sa disparition.

David Bowie, 8 janvier 1947 – 10 janvier 2016
D’autres chanteurs ou musiciens appréciés ont suivi Bowie – où qu’ils aillent après la mort : Prince, Leonard Cohen, George Michael, Papa Wemba et Billy Paul. Le monde a alors découvert qu’on meurt. 2016 nous a paru encore plus injuste lorsque des acteurs sont aussi partis : Michel Galabru, l’élégant Alan Rickman, Michèle Morgan, Carrie Fischer. Il y a eu tant de « nooooon », « pourquoi ? » ou « RIP » postés sur Facebook comme pour manifester notre désaccord face à la disparition de ces artistes. Ces personnalités adorées nous ont rappelé qu’il y a cette fin inéluctable au bout de la route.

Malgré ces décès, la musique a continué de vivre en 2016.

Cette année nous a offert de beaux cadeaux. Il y a David Bowie lui-même qui a sorti Blackstar, un étonnant album de sept titres. Je me souviens avoir été perturbé lorsque le clip de la chanson-titre avait été dévoilé sur YouTube fin 2015. Quelques sonorités m’avaient beaucoup fait penser à Radiohead, d’ailleurs. La sortie du single Sue (Or in a Season of Crime) deux ans auparavant m’avait préparé à quelque chose d’exigeant et différent. Les airs qui s’aventurent dans le jazz sont un délice. Bowie brouiller tous ses codes, mais garde sa singularité cosmique.

Son ami, Iggy Pop, a lui sorti son dix-septième album en 2016. C’est l’infatigable Josh Homme qui est aux manettes. Ayant embarqué Matt Helders (batteur d’Arctic Monkeys) avec lui, Homme confirme son incroyable talent. Post Pop Depression est un fabuleux album rock qui semble être un hommage à Bowie – il a produit le premier album solo d’Iggy Pop, The Idiot, en 1977.

La bonne nouvelle de 2016 est venue de Radiohead – toujours eux. Depuis deux ans, l’annonce de ce neuvième album tournait au comique de répétition. Et puis un jour, A Moon Shaped Pool est apparu. J’ai été conquis par Burn the witch dès les premières millisecondes. Mais mon avis n’est pas très valable car je suis un adepte de Thom Yorke. J’ai essayé d’avoir un esprit neutre et me faire une opinion objective. Au bout de 10 écoutes, le résultat était le même. Le clip m’a d’ailleurs poussé à regarder le bon film The Wicker Man. À part le répétitif Daydreaming et les airs de bossa-nova saccadés de Present Tense, A Moon Shaped Pool est, sans surprise un album qui frise la perfection. Ces envolées de violons quasi-omniprésentes donnent à une ambiance majestueuse. À part Faust Arp sur In Rainbows, Radiohead ne nous avait pas encore habitués aux cordes. Le titre le plus prodigieux est The Numbers avec son air de guitare rythmique qui rappelle subtilement Stairway to Heaven.

Sachant que Nigel Godrich, producteur de Radiohead (encore !), a mis la main à la pâte sur The Getaway des Red Hot Chili Peppers, je m’étais attendu à quelque chose de plus expérimental. Mais non. Leur onzième album n’est qu’une suite logique – et néanmoins agréable – de I’m with you. Sick Love est particulièrement réussi avec le piano d’Elton John qui donne un son funky et feutré. Après Fairweather Friends sur le …Like Clockwork de Queens of the Stone Age en 2013, on peut espérer que Sir Elton s’aventurera davantage sur des terrains plus rock.

Il y a eu d’autres habitués des bacs qui sont revenus : De La Soul, A Tribe Called Quest, M.I.A et PJ Harvey. Les deux premiers prouvent qu’on peut faire des retours réussis, dans l’air du temps tout en restant fidèle à sa signature musicale. Avec AIM, M.I.A est toujours aussi efficace musicalement, toujours aussi percutante dans ses messages politiques. Toute cette colère envoyée avec une énergie langoureuse rend ce cinquième album hypnotique. Autrement politique, The Hope Six Demolition Project de PJ Harvey pose un décor plus sombre que ses précédents albums. Le saxo ténor retentit, la caisse claire déroule comme une marche militaire et la sublime voix de l’Anglaise monte dans les aigus : le neuvième album de PJ Harvey est bouleversant.

Les belles découvertes de 2016 sont le Dreaming Room de Laura Mvula, Les Conquêtes de Radio Elvis et My Woman d’Angel Olsen. Laura Mvula c’est une énergie ensorcelante qui aurait pu naître d’un duo entre Annie Lenox et Meshell Ndegeocello, avec des arrangements de Metronomy. Les Français de Radio Elvis donne des mélodies accrocheuses avec des textes incompréhensiblement poétiques. Angel Olsen est ma révélation de 2016. Entre mélancolie et détermination, il y a ce son très rock féminin de la fin des années 80, un peu de soul avec quelques accents de Cindy Lauper et Kate Bush : le genre d’album qu’il faut écouter pour se mettre de bonne humeur le matin.

Nous avons aussi eu quelques bonnes découvertes sur notre caillou en 2016. Très récemment, Nicholas Larché a sorti son album, Genesis. J’avais découvert l’artiste en octobre pendant le concert One Live au Jamm In. Ses paroles sont parfois un peu candides, mais il y a une sincérité attachante chez Nicholas Larché. Les arrangements sont précis, les mélodies ont une saveur tropicale qui accompagnent agréablement la voix chaleureuse du chanteur. Genesis est un travail d’autant plus remarquable quand on sait que l’album a été réalisé de manière bénévole.

Autre perle mauricienne : Music for the soul de Hans Nayna. Si j’avais grimacé en entendant Mo lam, j’ai adoré le reste de son album. C’est aussi frais que vibrant. Les notes du violon, les cuivres, la batterie de l’excellent Christophe Bertin et la superbe voix du chanteur font un tout enchanteur. Chaque écoute de la chanson-titre me donne envie de courir en haut des marches du Philadelphia Museum of Art. Music for the soul me plaît car j’ai le sentiment que Hans Nayna fait la musique qu’il aime sans trop se poser de question.

Le 10 janvier, le jour de la mort de David Bowie, The Last Shadow Puppets publiait sur YouTube le clip de Bad Habits à paraître sur leur second album. Je suis sorti de ma détresse grâce à la virilité effrénée de ce nouveau titre du duo endiablé. J’ai été moins enthousiaste à la première écoute du reste d’Everything that you’ve come to expect – il me semblait difficile de faire mieux que The Age of Understatement. Ensuite l’album s’est lentement, mais sûrement fait sa place dans mon cœur. J’ai finalement été conquis par ces ambiances romantico-baroques. C’est simple : Everything that you’ve come to expect est mon album préféré de 2016.

La chanson-titre est un bijou. Used to be my girl est un savant mélange de disco et de rock & roll. Et The Dream Synopsis, cette chanson de crooner tellement glamour clôture l’album avec romantisme. Déjà fan d’Alex Turner – je considère Arctic Monkeys comme l’un des meilleurs groupes de rock du moment – Everything that you’ve come to expect l’a définitivement placé au premier rang de mon panthéon musical. Sur leur EP The Dream Synopsis sorti plus tard dans l’année, The Last Shadow Puppets a repris (avec une classe inégalable) Is this that you wanted de Leonard Cohen ; pendant quelques-uns de ses concerts, le groupe a adapté Moonage Daydream de David Bowie. La boucle est bouclée.

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