Villains : mon premier album téléchargé légalement

En découvrant Era Vulgaris en 2007, je n’avais pas aimé Queens of the Stone Age – trop brut, trop fort, pas assez propre. Un jour de juin 2012, j’ai apprécié le groupe de Josh Homme à sa juste valeur en tombant sur Song for the Deaf sorti en 2002 – pourtant plus brut, plus fort et moins propre. Depuis je vénère QOTSA. En 2017, l’attente de Villains a été une souffrance. Sa découverte, une jouissance.

Les journalistes n’aiment pas le temps qui avance. Quand on s’approche de l’échéance et qu’on n’a encore rien écrit. Pour des raisons professionnelles, je ne voulais pas voir le mois d’août. En tant que mélomane, j’avais hâte d’être à la fin de ce foutu mois. Le 25 août, précisément, pour écouter Villains.

La sortie du septième album de Queens of the Stone Age avait était annoncée dans une vidéo mystérieuse postée sur YouTube. J’étais tombé dessus le jour même de sa publication, grâce aux bons algorithmes de la plateforme vidéo. Le lendemain, QOTSA « affrontait la vérité » dans une deuxième vidéo plutôt drôle pour promouvoir la sortie de Villains. On y apprenait qu’il était produit par Mark Ronson (celui derrière Lily Allen, Amy Winehouse et Uptown Funk) et que Josh Homme aime danser. La vidéo laissait entendre quelques notes de Feet don’t fail me – un avant-goût délicieux, mais insupportable car on ne pouvait le déguster dans son intégralité. J’ai regardé (écouté, en fait) cette vidéo des dizaines de fois, rien que pour entendre les premières notes du titre.

Quelques heures plus tard, The way you used to do était posté. La première écoute m’a déçu – un son trop léché, pas assez brut. Mais après quelques écoutes, je me suis laissé prendre par son swing et la batterie qui s’emballe à la fin. Durant les six semaines suivantes, QOTSA a posté cinq autres teasers où l’on apercevait des sessions d’enregistrement.

Le diable est dans les détails

Alors que je commençais à gigoter comme un enfant attendant noël, The evil has landed a été posté le 10 août. Le morceau est excellent jusqu’au pont qui marque une rupture inattendue avec le refrain et les couplets. L’ombre de Them Crooked Vultures – supergroupe de Josh Homme avec Dave Grohl et John Paul Jones – plane sur ce deuxième titre. Et ça a donné un sacré avant-goût pour le reste de l’album.

Le vendredi 25 août est enfin arrivé. Depuis minuit, j’avais fait de la place dans mon esprit pour accueillir pleinement Villains. D’ordinaire frileux pour les achats en ligne, j’ai fait chauffer ma pauvre carte de crédit pour l’occasion. C’est la première fois que j’achète la version numérique d’un album. Avant ça, je n’avais acheté qu’une musique en ligne : Lady in red qui allait figurer sur une compilation destinée à une fille – la même qui continue de recevoir mes compilations aujourd’hui.

Villains s’ouvre avec le tant attendu Feet don’t fail me. Son intro est comme une incantation chamanique appelant à s’abandonner pleinement dans la chanson. Même si, là aussi, le son manque d’épaisseur, le riff de guitare est d’une grande efficacité. Les chœurs, le solo de guitare et les mélodies du synthétiseur rappellent le Post Pop Depression d’Iggy Pop – produit par Josh Homme, d’ailleurs. Cette ouverture est une déclaration d’amour à la bonne musique qui fait bouger. L’autre intro hypnotisante de l’album est sur Domesticated Animals. Elle est comme un tourbillon qui nous happe dans ce titre à la mélodie répétitive, avec des incursions subtiles de gimmicks habiles. Cette fois, le pont procure une jouissance extrême avec cette envolée dans laquelle Josh Homme divulgue où l’or est caché. C’est incontestablement le morceau le plus réussi de l’album.

Sexy Homme

The way you used to do et The evil has landed, dévoilés avant la sortie de l’album, laissaient présager que Villains serait rock & roll. Head like a haunted house confirme cette tendance. Josh Homme y apparaît comme un fabuleux crooneur avec un texte sensuel : « Circumstances in my pants / Is calling for action ». La classe.

Après avoir aperçu un violoncelle dans un teaser de Villains, j’ai été assez déçu par la rareté des cordes sur l’album. Elles n’apparaissent qu’à la fin de Domesticated Animals et d’Un-reborn again où l’on retrouve même quelques notes de saxophone – 105 savoureuses secondes. Autre regret : le son agréablement lourd de Michael Shuman, révélé sur… Like Clockwork, est remplacé par des lignes de basse plus aseptisées. Sur leur septième album, QOTSA expose leur potentiel pop avec des titres sur lesquels on aurait envie de se déhancher lascivement lors d’une soirée intime. Hideaway a des airs de synthpop. Fortress, dont le riff de fin rappelle My My, Hey Hey de Neil Young est une plaisante ballade avec des paroles gentillettes.

Dans mes rêves, Villains se terminait en apothéose avec quelque chose d’animal qui me ferait sauter (de joie) dans tous les sens. Villains of circumstance n’a rien de dansant. Même si son évolution crescendo peut faire penser à la fin de… Like Clockwork, il est étonnant de retrouver ce titre qui a des influences synthpop encore plus marquées à cet endroit précis. Pourtant la dernière chanson de Villains m’a profondément bouleversé. La musique a ce pouvoir de procurer toutes sortes d’émotions inexplicables.

Villains flirte avec le mainstream

On est très loin de Song for the deaf. Venant de Queens of the Stone Ages, Villains est assez surprenant – il est moins rock et plus poli. C’est, néanmoins un album résolument rock & roll avec quelques touches eighties qui font penser autant à David Bowie qu’à Duran Duran. Ce septième album est, en fait, la continuité pop de… Like Clockwork qui avait déjà introduit les synthétiseurs, les claps et la douze-cordes électrique de Troy Van Leeuwen. Avec tout ça, Villains sera probablement à QOTSA ce que Californication a été aux Red Hot Chili Peppers – un bon album que les puristes pédants dédaigneront, mais qui permettra au groupe d’étendre son aura.

Et maintenant que le 25 août est passé, je vais reprendre le travail en espérant que septembre n’arrive jamais.

Photo à la Une : © b0neface

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