Bertrand, maillot jaune du bricolage

L’atelier Bertrand est présenté dans mon prochain article pour no comment (n° 36, janvier 2013). Limité à 2300 signes pour ce magazine, j’ai souhaité rendre un hommage plus enrichi au bricoleur emblématique de Nosy Be sur ce blog.

Bertrand devant son super atelier

« Incroyable mais vrai. Et impeccable aussi ». Qualificatifs spontanés de Bertrand pour présenter son « super atelier » perdu dans la brousse d’Andilamavo, loin de l’effervescence balnéaire.
Incroyable, c’est vrai.
On a vu, lu, entendu bien des reportages sur la débrouille malgache. Bertrand en a fait une institution. Lui, il a sa patte. Son truc c’est le « tout à vélo ». De la scie-circulaire à la meule en passant par le chargeur de téléphone, tout tourne avec des pédales.

Le sol du super atelier est jonché de vieux objets. Il en a récupéré certains et d’autres lui ont été donnés par des amis qui ne savaient plus quoi faire d’une vieille machine à laver ou d’un wishbone de planche à voile. Avec tout ça, Bertrand « adapte depuis 1977 ». Le premier engin à l’entrée de l’atelier en témoigne : un rabot fabriqué avec une vieille lame récupérée dans une poubelle.
Il y a tous les mécanismes d’un vélo chez Bertrand. La scie circulaire, par exemple, marche avec les vitesses « pour que les enfants ne se fatiguent pas en travaillant » et une lampe fonctionne avec une dynamo « pour pouvoir travailler la nuit ».
Dans le super atelier, c’est du bricolage et de la récupération, mais tout y est fabriqué avec minutie.

Natif de Nosy Be, Bertrand n’a jamais quitté son île. C’est à peine s’il connaît le reste de Nosy Be à part Andilamavo, son village. Pourtant, une bonne partie de Nosy Be et même au-delà le connaît. « Des gens d’Allemagne, de Marseille et Paris » affrontent la piste sinueuse et vallonnée pour découvrir les inventions de Bertrand. Son atelier fait partie de certains circuits touristiques de l’île.
Il sort rarement de son village. Seulement pour aller faire des courses. Il monte alors dans sa charrette à zébu tout terrain (équipée des ressorts à lames) pour prendre la piste accidentée jusqu’à Hell-Ville.

Il y a tout de même 2 ingéniosités qui fonctionnent sans pédale chez Bertrand.
Il a fabriqué un « alambic adaptation » pour distiller l’essence d’ylang-ylang. Il achète l’ylang-ylang à 1 000 Ariary le kilo. Il en faudra 50 pour faire 1L d’essence. La distillation dure 24h. Pour être sûr d’obtenir une bonne essence, Bertrand dort peu et surveille car « le chauffage malgache n’a pas de manomètre ». Beaucoup de travail pour peu de récompense car la revente d’essence est compliquée. Bertrand explique que « parce qu’il n’y a pas de présidentielles à Madagascar, c’est difficile de vendre à l’extérieur ».
L’autre invention sans manivelle est une prouesse télécommunicationnelle. Comme les ondes n’arrivent pas jusqu’à Andilamavo, il a installé une antenne à 200 mètres de son atelier. Grâce à elle, il capte RFI et les stations de radio locales. L’antenne est aussi reliée à « l’extra de cabine téléphonique » – un petit abri en taule accroché à un cadre de porte (sans porte) planté au milieu de la cour où il peut capter du réseau pour le téléphone.

Bertrand a monté son atelier un peu par besoin, avec beaucoup de passion et seul, sans instructeur. « C’est le don naturel » dit-il comme si c’était une évidence.
Notre bricoleur ne connaît pas la signification du mot « fier », mais on le sent bien : il est fier de son atelier. Il prend du plaisir à expliquer l’utilité de chaque instrument à chaque visiteur, comme si c’était le premier qu’il accueillait.
Quand on lui demande l’invention qu’il préfère, il les énumère tous, scolairement, avant de conclure « je préfère tout ! »

3 générations : Bertrand avec 2 de ses filles et sa maman
3 générations : Bertrand avec 2 de ses filles et sa maman

Le tour se termine et Bertrand précise qu’il y a des inventions qui sont « mises en place, mais pas encore mises au point ». Il est un peu fatigué depuis quelques mois et il préfère ralentir le rythme de production. Il sait qu’il peut compter sur l’un de ses 9 enfants – « avec la même femme » – pour prendre la relève s’il n’arrive pas à finir lui-même.

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Auteur·e

fanuet

Commentaires

Bruno
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Bertrand malheureusement nous a quitter en cette fin d 'année .

Stéphane Huët
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Merci pour l'information. Néanmoins, je suis sincèrement navré de l'apprendre. J'avais vraiment apprécié cet instant en sa compagnie.