Festival d'arts vivants : le Séchoir ralentit le tempo

Affiche du Leu Tempo festival 2013
Affiche du Leu Tempo festival 2013 (Source : Facebook du Leu Tempo)

Je ne pouvais pas tomber mieux. Du 7 mai au 9 juin, on a droit à une série d’événements culturels à La Réunion. Après deux ans de diète culturelle à Nosy Be, je revis avec l’annonce de tous ces spectacles. Ça a commencé jeudi dernier.

Après une première expérience du Leu Tempo en 2010, je viens redécouvrir avec plaisir les arts vivants à Saint-Leu. Cette année, le festival organisé par Le Séchoir fêtait ses 15 ans avec une programmation allégée. De 22 spectacles en 2010, on passe à 12 propositions en 2013. J’ai surtout remarqué l’absence de l’art contemporain qui avait une place importante il y a trois ans.

Mon parcours a commencé avec le Collectif AOC qui présentait Les Vadrouilles, un spectacle avec trois performances éclatées dans la ville.
Sur le trapèze, à côté du port, Marlène Rubinelli et Marc Pareti m’ont bouleversé dans un numéro sensuel. L’excellente musique de Pianochat (ce n’est pas un Lolcat) y a contribué. Au mât chinois, un peu plus loin toujours en bord de mer,  Fabian Wixe était impressionnant de souplesse sur Paradise Circus de Massive Attack. Avec des glissades périlleuses du haut du mât en se rattrapant à quelques centimètres du sol, il impressionnait les enfants ; par son déhanché ondulant, ils émoustillaient les dames. Devant tout ça, la plupart des hommes étaient indifférents. Sur la place de la mairie, Mathurin Bolze clôturait le spectacle avec un numéro de trampoline sur une musique ensorcelante d’Akosh Szelevényi. Déconcertant par son aisance, l’acrobate a fait parler de lui grâce à ses pirouettes avec un verre d’eau.

Marlène Rubinelli et Marc Pareti - Saint-Leu, La Réunion
Marlène Rubinelli et Marc Pareti – Leu Tempo 2013, Saint-Leu, La Réunion (Crédit : Stéphane Huët)

Sur les chaudes recommandations du programmateur du Leu Tempo festival, Jean Cabaret, je suis allé voir le conteur Sergio Grondin dans son nouveau spectacle, Kok Batay. Une histoire prenante dans laquelle il découvre les secrets de son papa qui était champion de boxe avant de sombrer dans l’alcool – un mélange de Raging Bull, le film de Martin Scorsese et d’Incendies, la pièce de Wajdi Mouawad. La performance était étourdissante et la mise en scène originale.

Plus tard Ludor Citrik s’est dévoilé dans Qui sommes-je ? Après La nudité du ragoût en 2010, « le clown trash » revient au Leu Tempo avec un spectacle encore plus délirant. À la sortie, les connaisseurs ont jugé que Qui sommes-je était plus élaboré que La Nudité du ragoût. Il vrai que j’ai retenu plus de choses et l’artiste sollicite beaucoup le public. Il y a une réflexion sur les rôles du clown et du spectateur. Tout ça dans la dérision et l’humour. J’ai tellement ri que j’ai eu mal aux joues.

6 Kozman Ti Dalon + 6 Kliptown Youth Program = 6 Kliptown Youth Program + 6 Kozman Ti Dalon. Sur la place de la mairie, MaloyaBoots, le résultat des résidences entre les deux compagnies a séduit peu de festivaliers. Je n’ai pas assisté à « la rencontre » annoncée. Les artistes ont proposé deux spectacles distincts : les Réunionnais ont d’abord fait leur truc, les Sud-Africains ont ensuite fait le leur. Et ça a tourné comme ça pendant 30 minutes. Dommage, car les musiciens et les Gumboot Dancers étaient bons. Ça a été d’ailleurs l’occasion de découvrir cette danse d’Afrique du Sud.
On m’a rapporté qu’il y aurait eu une altercation entre un homme et une femme pendant cette représentation. Ça donnait un truc comme ça :
– Arrêtez de faire du bruit, vous réveillez mon bébé !
– Si tu n’es pas contente, rentre chez toi ! Toute façon t’es qu’une Zoreille !
Banal.

Après les déambulations dans Saint-Leu, on pouvait se poser au Village du festival qui était installé, comme chaque année, au parc du 20 décembre. Toujours animé avec des concerts sympathiques, où on mangeait bien et où la bière était trop diluée, comme dans tous les bons festivals. À noter qu’après les incontournables gobelets réutilisables pour réduire les déchets, j’ai découvert grâce à l’édition 2013 du Leu Tempo festival, les jetons biodégradables. Tous ces efforts pour sauver notre planète m’émeuvent.

Un festival moins étoffé, donc, par rapport à celui de 2010. Mais avec une programmation de qualité et avec une excellente ambiance. Bravo à Lékip Séchoir !
Les spectateurs étaient toujours au rendez-vous pour la Fèt dann somin, la dernière soirée du festival. Selon l’édition du dimanche 12 mai 2013 du Journal de l’île de La Réunion (JIR), 15 000 personnes étaient présentes pour voir le défilé de clôture.

Depuis mon passage au Leu Tempo 2013, Paradise Circus restera pendant longtemps la bande originale de mes entrées dans la ville de Saint-Leu.

Partagez

Auteur·e

fanuet

Commentaires

Serge
Répondre

Passionant! tu sais vraiment rapporté tes expériences... je me trompe ou Dakar t'a fait un bien fou...

Stéphane Huët
Répondre

Tu ne te trompes pas. Ça m'a fait du bien. Mais j'ai aussi plus de temps pour réfléchir et écrire en ce moment. Je crois que ça change tout. Merci pour le commentaire.

josianekouagheu
Répondre

C'est passionnant et intéressant Stéphane. J'aurais bien voulu découvrir l'histoire de mon papa champion...

Faty
Répondre

c'est fou comme le monde est grand et plein de diversité... joli billet steph

Stéphane Huët
Répondre

Merci Fatouma !

pascaline
Répondre

Ça donne envie d'aller faire un tour du côté de la réunion. Surtout le comte et la réflexion sur les clowns (suis-je la seule a avoir gardé des mauvais souvenirs des film d'horreur?).c'est super de voir le dynamisme culturel que je retrouve aussi à Marseille après une diet' semblable a la tienne!Continuons a faire vivre, dévellopper et connaitre ces évènements culturels qui, on l'oublie souvent, sont un luxe!
E

Roseline Huet
Répondre

Stef,
J'imagine ton bonheur de pouvoir te tremper à nouveau dans ce monde culturel qui t'a toujours attiré... Merci encore de nous partager tout ce vécu avec de la passion, de la verve dans les mots.