Le test de Diego-Suarez

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Affiche du marathon de Diego-Suarez 2012, Madagascar
Affiche du marathon de Diego-Suarez 2012

6 mois que je l’avais dans le collimateur. Ce parcours de 22,5km longeant la deuxième plus grande baie du monde.

Tout part d’une conversation avec mon ami Pierre qui habite à Diego-Suarez. Je lui racontais la course de 3,5km organisée par l’entreprise où je travaille. Courte, mais mes collègues (adversaires d’un jour) étaient trop rapides. Comme si ça ne lui suffisait pas de savoir que je pouvais souffrir sur 3,5km, il m’a dit « Ah, tu cours ? Ça  te dirait de participer au Marathon de Diego-Suarez ? » J’ai répondu par l’affirmative avec entrain, prêt à me fixer un objectif pour régulariser mes joggings qui tombaient tous les 36 du mois.
« Bon, ça sera le semi pour commencer, pour voir de quoi on est capable »
. On était d’accord. Rendez-vous était pris pour le dimanche 30 septembre 2012.

Depuis cette conversation qui avait eu lieu le dimanche 1er avril 2012 (ça aurait pu être une bonne blague), j’ai passé les 3 mois suivants à me dire « bon, à partir de lundi prochain je reprends le jogging sérieusement » et « à partir de ce week-end, je réduis la consommation d’alcool ». Toute tentative a été un échec. Jusqu’à la mi-juillet. Par orgueil, j’ai fait un programme de préparation stricte : régime sec, alimentation saine et 4 courses hebdomadaires.
Pendant ce temps, Pierre se préparait aussi.

J’arrive à Diego-Suarez le vendredi 28. Le varatraza[1] souffle fort et j’appréhende la course de dimanche. Le soir, je reçois un coup de fil du paternel (bon coureur de trail) qui me donne les derniers conseils pour que je sois dans les meilleures conditions pour la course.

Samedi 29, Pierre m’appelle pour m’annoncer qu’il ne sera pas sur la ligne de départ, bloqué à Tana à cause d’une désorganisation dans les plans de vols.
La course ne sera pas la même, mais je vais aller au bout de l’objectif.
Dîner (un bon gros plat de pâtes) à 18h30. Derniers coups de fil de ma maman et ma femme qui apportent, elles, un soutien moral indispensable. Au lit à 20h.
Dimanche 30. Réveil à 3h50. Comme les vrais sportifs, je prends un bon petit-déjeuner 3 heures avant le départ. Tout ça est tellement nouveau pour moi.

Il est 5h50. En remontant la rue Colbert, je croise les fêtards qui sortent d’une boîte de nuit. L’ivresse. Ça fait longtemps que je n’y ai pas goûté.
À la Place de l’Hôtel de Ville avant le départ, les athlètes – dossard bleu pour les semi-marathoniens, dossard rouge pour les marathoniens – s’échauffent. En observant l’allure, les mollets et même les habits de certains, je sens que la course va être difficile.
Contrôle des dossards, dernières recommandations. À 6h30 c’est parti. Les coureurs détalent. Je me souviens des 3,5km parcourus au rythme effréné du salegy qui m’avaient assommé. Je vais à mon rythme.
Je trouve un compagnon de course qui a une bonne allure. On fait connaissance. Tsivo. Stéphane. Enchantés. Tsivo connaît le parcours pour avoir fait le semi l’an dernier. Il me prévient avant chaque difficulté. On s’entend bien. Pause pipi ou nouage de lacets, on s’attend.
Après 8km en sa compagnie, je nous vois déjà passer la ligne d’arrivée ensemble pour une belle photo – tellement cliché ! Mais à la 3e côte, Tsivo me dit de continuer tout seul. Je l’encourage, mais il ne peut plus tenir le rythme. Psychologiquement, ça me met un coup : j’ai mal au genou, à la cheville, j’ai un point de côté, j’ai chaud. Jusqu’à ce que je voie 2 coureurs devant qui semblent aller à mon rythme. Motivation. Je les rejoins. Lorsque j’arrive à leur niveau, l’un d’eux accélère (il finira 3e du semi-marathon). Il nous fait signe de tenir son rythme, mais il va trop vite. Nouvelle pente et mon nouveau compagnon de course ne peut plus suivre.
Me revoilà obligé de faire l’effort seul.

Sur la descente pentue au niveau du Meva Plage Hotel (je pense aux marathoniens qui la remonteront pour regagner la Place de l’Hôtel de Ville), j’aperçois devant moi Fredo qui galère. J’accélère pour le rattraper. On se relaie et ça marche. Il me montre « ça c’est la dernière montée ». Elle est impressionnante. On s’en sort bien. Il reste moins de 2km et c’est maintenant qu’il faut donner un petit coup d’accélération. J’essaie de tirer Fredo avec moi : « alo tsika ! »[2] Mais il n’arrive pas à suivre. Il reste un peu plus d’un kilomètre et je vois un énième coureur devant moi. Dernier effort. Je le dépasse avant le dernier virage qui mène sur la plage de Ramena, l’arrivée. Un spectateur qui crie « kouraz vazaha » me donne un sourire lorsque je passe la ligne d’arrivée.
Je regarde ma montre. 1h53m44s.

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À peine le temps de réaliser ce que je viens d’accomplir, on me prend par le bras et on me guide sous un chapiteau. Sans me parler, une hôtesse enlève mon dossard, une autre me remet un t-shirt et la médaille « Finisher ». On m’indique le dernier point de ravitaillement. Pas de bisou comme sur le Tour de France. Je prends un Coca et je m’assois. C’est fini.
À l’arrivée, la musique sature dans les haut-parleurs, mais ce n’est pas la grosse fête que j’attendais. Je vois Tsivo et Fredo avec qui je refais la course. On est content de nous.

De retour à Diego-Suarez (en taxi), je m’arrête à l’Hôtel de Ville pour voir si l’arrivée du marathon est plus animée. Un officiel engueule méchamment un coureur qui a fait une partie de la course assis sur le cadre de bicyclette de son ami. Ce n’est pas mieux qu’à Ramena.
L’animateur hurle dans le micro qu’il faut être au Grand Hôtel à 16h pour la remise des prix.

16h, environ 50 coureurs attendent sur la rue Colbert. Ils portent tous leur médaille et t-shirt de « Finisher ».
La porte de la salle de conférence s’ouvre à 16h10 et on nous invite à entrer. Remise de prix sans fioriture, le ton est solennel. Un représentant de la fédération malgache d’athlétisme est là pour annoncer que le Marathon de Diego-Suarez sera homologué à partir de l’année prochaine. Bonne nouvelle pour les organisateurs qui espèrent que ça augmentera le nombre de participants.
Petite touche perso de l’organisateur principal qui remet un trophée symbolique à Jean, un vétéran qui a participé aux 4 éditions du semi-marathon de Diego-Suarez. Bon dernier de la course du jour. Jean est connu. Ovation de l’assistance, mais vive réaction de Rama qui affirme être le premier vétéran. Le représentant de la fédé explique qu’il n’y a pas de classement par catégorie pour le semi, « Jean a reçu un trophée symbolique ». Rien à faire. Rama insiste, épaulé par Robert, le « vrai deuxième vétéran » des 22,5km. Délire dans la salle. Enfin de l’ambiance, même si c’est moins réjouissant que ce que j’attendais. Rama et Robert ont finalement un petit cadeau après les excuses de l’organisateur.

Photo des gagnants à la remise des prix au Grand Hôtel : Rama et Robert au centre

Après l’effort, le réconfort. Un punch à la main, je discute avec des marathoniens. Je me rends compte que c’est un temps correct pour un premier semi.
Je suis convaincu. Même si Phidippidès est mort d’épuisement après avoir délivré son message à Athènes, l’année prochaine mon objectif sera de traverser la ligne d’arrivée sur la Place de l’Hôtel de Ville.


[1] Le vent du Nord de Madagascar.
[2]
« Allons-y ! » en malgache.

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Auteur·e

fanuet

Commentaires

Ameth
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Très belle expérience. Il vous en a fallu du courage pour parcourir toute la distance. Bonne chance pour l'année prochaine :-)

Manon
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Merci, ça fait très plaisir à lire. J'aimerai encore plus de photos de Mada !
... et dans quelques années, le Grand Raide !

Stéphane Huët
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Ooouuhh... Pas tout de suite pour le Grand Raid. Il faudra encore un peu d'entraînement.
Et plus de photos arrivent !

Jennifer Bachelard
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Dès les premières lignes, je savais que tu y arriverais ... Toi et les défis, ça te connait!!!
Félicitation le Steph ... Et puis, j'ai un peu connu ça en Septembre avec les 10km d'Avignon, mais moi, j'étais côté supporter... lol. Cela dit, pas facile l'attente et la tension de se dire que l'autre est en plein effort et que tout peut arriver ... C'est chouette d'avoir les ressentis de chaque côté ... Bon, prochaine course tu nous tiens au courant ... :)

Stéphane Huët
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Merci !
Je te préviens pour la prochaine course et tu viendras un supporter, OK ? :)

Jennifer Bachelard
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Le rendez-vous est pris !!!! Et puis se sera intéressant d'avoir les impressions de part et d'autre de la course... :) See you soon :)