Grand écart musical : de Wawa [1] à Jeff Mills

Festival de musiques électroniques, Les Electropicales 2013, La Réunion
Affiche des Electropicales 2013 (Source : page Facebook)

Je continue mon pèlerinage culturel à La Réunion. Après les arts vivants à Saint-Leu et un bref passage au Festival du film d’aventure, j’ai retrouvé la musique électronique au festival les Electropicales. Jeff Mills était la tête d’affiche !

Le confort du fauteuil du spectateur avait été très agréable une semaine plus tôt. Mais j’ai eu besoin de retrouver la sensation d’être au milieu d’une foule en délire. J’ai eu envie de prendre du gros son en pleine face et d’entendre les hurlements qui provoquent un larsen sur le chemin du retour vers la maison.
Je me suis donc précipité sur quelques concerts du festival de musiques électroniques de La Réunion qui s’est tenu du 16 au 19 mai.

Koudlam devait être « le clou des Electropicales » selon un magazine gratuit de l’île. L’artiste a ouvert le bal musical (le festival avait débuté avec une installation de Guillaume Lebourg et une performance chorégraphique de Hiroaki Umeda) sur l’esplanade du Théâtre de Champ Fleuri. Seul sur scène avec son allure de rocker de années 80 – lunettes de soleil, manches de veste retroussées, les deux mains sur le micro et les coudes qui se touchent – Koudlam a eu du mal à faire monter la sauce. Normal. Il chantait sur une musique en playback qu’il lançait en deux clics sur son ordinateur portable posé sur une table à côté de lui. Ce qui faisait très karaoké. Derrière lui, des images étaient projetées – j’ai cru reconnaître les images de la Thaïlande lors des manifestations des chemises rouges en 2010. Il faut dire que le son n’était pas, non plus, de très bonne qualité. Avec ça, l’esplanade était bien trop grande pour le peu de personnes présentes. Si Koudlam a commencé son concert avec environ 80 spectateurs, il n’en restait plus qu’une vingtaine à la fin.
Son style new wave m’a beaucoup plu, mais on était bien loin du « spectacle total » annoncée par le magazine précité.

La première soirée des Electropicales a continué au bar les Potirons. L’endroit est sympa, mais pour ce premier soir de festival, il était bondé et la musique était trop forte au moment du set de Sal Paradise. Bizarrement, le volume m’a semblé plus tolérable quand Culoe de Song est venu mixer. Pour le néophyte que je suis, ce mélange de rythmes africains et de sonorités techno était très original. Superbe découverte qui m’a permis de ne pas regretter cette sortie nocturne.

Deux jours plus tard, c’est au complexe sportif de Champ Fleuri que le festival va atteindre son climax. Jeff Mills (que certains prononcent « Miles », comme Robert, celui qui a composé le célébrissime Children) joue ce soir. Au même moment, NRJ programme IAM pour un concert gratuit au Barachois. Je suis peut-être plus rap que musiques électroniques mais Jeff Mills, le « mythe vivant » de la techno est à La Réunion ! Et j’aurais probablement d’autres occasions de voir IAM en concert plus tard.

À Champ Fleuri, je retrouve mon ami Philippe, fan de musiques électroniques, que je n’ai pas vu depuis 3 ans. C’est d’ailleurs lui qui m’a fait découvrir Jeff Mills avec son live au Pont du Gard où il est accompagné de l’orchestre symphonique de Montpellier – certainement son disque le plus accessible.
Après que Jessy et Alex Roland (pour la représentation réunionnaise) aient chauffé le public en début de soirée, une brochette de berlinois assurent deux sessions « house live act » pour préparer l’arrivée de Monsieur Jeff Mills.

Prommer & Barck balancent de l’électro un peu jazzy. Alexander Barck est aux machines pendant que Christian Prommer s’agite sur une batterie. Le duo allemand fait plaisir à ses spectateurs indianocéaniques en passant des extraits du Mauricien Menwar et des Réunionnais Alain Péters et Salem Tradition. Christine Salem, avec sa coupe d’Angela Davis, est d’ailleurs arrivée pour poser des « wooo woouuu wééééé hoooo » sur la musique de Prommer & Barck.


C’est enfin quand Âme arrive sur scène que mes épaules et mes genoux se mettent à bouger seuls. Âme, c’est normalement un duo, mais ce soir il n’y a qu’un gars. C’est tellement bon que je me demande comment ça rend quand ils sont deux. Je me demande aussi s’il faut vraiment être deux pour balancer du son en soirée.

C’est à 00h30 que Jeff Mills devait arriver. Mais il n’est pas là. Qu’importe, la moitié d’Âme assure. À 00h54, le berlinois commence à s’effacer musicalement. Tout le monde le sait, tout le monde le sent : « Jeff arrive ».
1h00 pétante, il est là et la foule est en délire. Même moi qui ne suis pas spécialement fan. Ça commence doucement, parfaite introduction.
1h01, derrière moi, un jeune homme dit à son voisin : « c’est Jeff Mills [qu’il prononce « Miles », évidemment], mec. Ça va être du lourd ».
1h03, un spectateur complètement déchiré me tient par les épaules et me susurre « j’ai envie de vomir » avant de s’éloigner.
1h04, il revient et me dit « dans quelques minutes il y a des gens qui vont vouloir me frapper. Ne t’inquiète pas ».
1h05, je savoure le live. C’est bon. C’est répétitif (oui, c’est de la techno), mais ça bouge, c’est propre. Ce qu’il me fallait. Le gars de Détroit a l’air imperturbable. Après une heure aux platines, il lève furtivement la tête pour regarder le public. Il la replongera très vite dans ses platines.

Jeff Mills au complexe sportif de Cham Fleuri pour les Electropicales 2013, La Réunion
Jeff Mills au complexe sportif de Champ Fleuri pour les Electropicales 2013, samedi 16 mai (Crédit : Stéphane Huët)

Après plus de deux heures, je m’éloigne un peu de la foule pour m’aérer, me soulager et me ravitailler. Mon ami Philippe (qui n’aura pas à prendre le volant ce soir) commande, très sérieux, un burger cargolade – il est resté coincé dans la description qu’il vient de donner sur les spécificités culinaires de sa Provence. La dame qui prend la commande est perplexe. Mon ami insiste et la dame a l’air désemparée. Je ris aux larmes, mais je compatis quand je pense à tous les énergumènes bien plus amochés qu’elle va devoir servir plus tard.
Jeff Mills continue encore quelques minutes et je m’éclipse, comblé par ma soirée.

Je n’ai pas assisté à tous les concerts des Electropicales 2013, mais j’ai pu découvrir les musiques de quelques artistes de la programmation. Ce qui m’a permis d’enrichir le petit rayon « musiques électroniques » de ma discothèque.

Mais ce n’est pas fini : dans deux semaines c’est le Sakifo. Na retrouv !

[1] Wawa est une star du salegy. Enfant de Nosy Be, il est tellement vénéré et reconnu que le jour où il fête l’anniversaire de sa carrière est férié dans l’île.

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Auteur·e

fanuet

Commentaires

Roseline Huet
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En te lisant j'avais l'impression d'être au Festival les Electropicales, d'attendre Jeff Mills, de savourer le live...
J'attends avec impatience le Sakifo.

Serge
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encore une fois c'est comme si on y était...
mais attends, c'est Mills, donc ça se prononce "Mils"... ;)

Aphtal CISSE
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Moi la musique c'est pas vraiment mon truc hein, donc les genres musicaux que tu cites là...
J'ai quand même secoué le crâne sous une vidéo...
Cool